Intentions de mise en scène


Avec le soutien de












MLG invite Valère Novarina au Théâtre du Loup le dimanche 24 janvier 2010 à 19h,
à la suite de la représentation de L’Atelier Volant. L’écrivain lira des extraits de La Loterie
Pierrot, publié en 2009 chez Héros-Limite. Puis il s’entretiendra avec Sandrine Fabbri
sur son oeuvre littéraire. Alain Berset, directeur d’Héros-Limite, parlera de son travail
éditorial mené avec Novarina. Enfin, Gilles-Souleymane Laubert discutera de sa mise
en scène de L’Atelier-Volant avec son auteur.
Entrée libre réservation conseillée.
www.maisondelalitterature.ch / www.heroslimite.com
intentions de mise en scène

L'Atelier Volant tient de la farce, du music-hall, et du cirque, c'est une oeuvre à travers laquelle Valère Novarina se révèle être l’héritier de Brecht pour la critique sociale et d’Alfred Jarry pour son ironie cruelle et démesurée. C’est une fable gaie, drôle, acerbe, sur l’économie et le monde du travail, comme un grand éclat de rire pour mieux dénoncer l’exploitation des corps et des langues.

Cette pièce de Novarina est faite pour être entendue. La matière même de la langue forme l’essentiel du sujet de la pièce. Il n’y a pas ici de vision à développer ni de propos de glose à ajouter. Juste faire raisonner le texte et faire résonner la parole par le biais de l'acteur.

«Monsieur Bouche peut-on prendre votre langue sans vos idées» cette réplique me semble résumer ce qui se trame dans cette pièce. Quelle langue parle-t-on? Qui nous donne la langue? Et si le verbe s’est fait chair, en quelle langue parle le corps de l’homme? La chair de l’homme est-elle un langage? Une marchandise? Et si Dieu avait donné sa langue au chat?

Cet Atelier volant est la première pièce du Théâtre de Novarina.

Elle en constitue comme le prologue d’une oeuvre immense à venir et notamment Le Babil des classes dangereuses - qui reste à monter dans sa totalité - et c’est avec cette notion de préambule de liminaire que je vais demander aux comédiens de danser, de sautiller de virevolter, de chantonner, de babiller le novarinien.

Je te tiens tu me tiens par le bout de la langue....

Gilles-Souleymane Laubert

Un montage, création musicale, scénographie et jeu

La pièce ne sera pas jouée intégralement, mais sous la forme d'un montage qui réduit le texte initial, passant de sept journées à trois journées, dans la version de Gilles-Souleymane Laubert.

Cette version de l'Atelier volant durera donc environ 1 h30.

La scénographie signée par Gilles Lambert sera animée par une création musicale d'Andrés Garcia et la pièce sera jouée par neuf jeunes comédiens-musiciens.

Gilles Souleymane Laubert - metteur en scène

Formation

CAP de relieur d’art (École des Beaux-arts de Besançon), École Supérieure d’Art Dramatique du Conservatoire de Genève, Odin Theatret E. Barba, stages en France et en Belgique avec André Steiger. Auditeur dans la classe d’Antoine Vitez, ainsi qu’à l’American Institut of Cambridge (Boston-USA). ARSEC (LYON) administration et gestion d’entreprise culturelle. Pratique de la danse africaine.

Le parcours d’homme de théâtre

Comédien, interprète des rôles de premier plan dans de nombreux spectacles en France, en Suisse et en Belgique. (Steiger, Karge-Langhoff, F.Rochaix, H. Loichemol).

En 2006, joue Lycos dans «La folie d’Héraclès» mise en scène de B. Meister à la Comédie de Genève.

En 2008 joue dans le spectacle de G. GUHL «Ça dépend du temps qu’il fera».

Metteur en scène, il réalise une trentaine de spectacles en France, en Suisse et au Sénégal, «Trafics Amoureux» de Edwin Sanchez (Genève, Théâtre du Grütli - Festival de la Bâtie), «La terre, leur demeure» de Daniel Keene, (Genève – Théâtre du Grütli).

Il travaille régulièrement sur le continent Africain (Burkina Faso et Sénégal) mise en scène de «Ngoye, une Antigone d’Afrique» représentée au Festival International des Francophonies en Limousin (Limoges- France) en 2005, après avoir tourné en France, en Suisse et à Genève.

En 2006, il a mis en scène «Pour un oui ou pour un non» de N. Sarraute au théâtre du Grütli et «Vingt quatre heures de la vie d’une femme» de S. Zweig au théâtre des Salons- Genève et au Théâtre National Sorano de Dakar. Le spectacle est ensuite invité au FITEHB de Cotonou.

Le professorat

Titulaire du Certificat d’Aptitude, il est responsable de la section d’Art dramatique au Conservatoire National de Région de l’agglomération d’Annecy

L’auteur dramatique

Auteur en résidence à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon, (printemps 2000), et à la Comédie de Genève (2001)

Créations :«Départ(s)» à la Comédie de Genève, mise en scène de Bernard Bloch (Printemps 2002). «Sur les bords» représentée 45 fois en Suisse, France, Italie et Sénégal

Editions «L’heure du Courage», Comp’act à Chambéry; «L’abus» aux «Les Solitaires intempes­tifs»

2008-2009,création de sa dernière pièce «Elles parlent au Animaux» au théâtre Saint-Gervais de Genève

L’inscription dans le bénévolat, affiliation

Inscrit à la SSA, membre des EAT- CH, il est également membre de la Maison de la Littérature à Genève

notes de Françoise Sage

Assistante à la mise en scène, comédienne et professeure. Auteur d’un mémoire universitaire: Du jeu de l’écriture au jeu de l’acteur chez Valère Novarina.

La pièce a été montée en 1974 par Jean-Pierre Sarrazac au théâtre Gérard Philippe à Suresnes. A cette époque le spectacle a suscité l’émoi et des interro­gations chez les spectateurs; pour la première fois on voyait une pièce qui se jouait « dans la verticale » avec des acteurs aussi équilibristes que comédiens. Du cirque avec la parole en plus. Pour la première fois le spectateur découvrait une langue libérée du carcan des règles, une langue sens dessus-dessous, nour­rie d’idiolectes, de dialectes, de latin, parfois difficilement compréhensible. Aujourd’hui ce texte, le plus accessible certainement de tous ceux de Valère Novarina, fait presque figure de classique.

«Nos poèmes les plus obscurs quand on les lira plus tard dévoileront tout d’eux­mêmes» écrit Antoine Vitez; c’est un peu ce qui se passe avec l’Atelier Volant.

D’abord ce titre bizarre: on est dans un atelier, une sorte d’usine où on fabrique on ne sait pas quoi, il est question d’objets mais ça ne semble pas être d’une grande importance; l’espace dénoté a un rez-de chaussée, un étage, un escalier et des passerelles et au-dessus de l’atelier une roue qui sert à rythmer le travail; c’est peut-être aussi déjà la roue de la loterie Pierrot de la foire de Crête car l’espace connoté est bien sûr celui de la fête foraine, du cirque et du music- hall. Volant parce que la métaphore ailée y est très présente. Elle désigne les six employés qui ne portent pas de nom (tout au plus des sobriquets comme Hurche, Floupiot...) comparés très souvent à des oiseaux; l’image de l’oiseau c’est l’élan vers le haut qui anime les employés (ils veulent gravir les échelons de l‘entre­prise), élan voué à l’échec, violemment réprimé par les prédateurs que sont les patrons.

Le double motif de la chute et de l’ascension est quasi permanent dans l’Atelier Volant. Les patrons sont eux aussi désignés par les employés par des noms d’animaux: ce sont tour à tour des porcs, des loups véreux. Le patron s’appelle Monsieur Boucot (sûrement un clin d'oeil au bouc de la comédie antique), grand manipulateur de la parole, flanqué de sa femme ou maîtresse, on ne sait pas trop, Mme Bouche, sorte de prêtresse, poétesse à ses heures, figure mystérieuse aux multiples langages, à la fois lyrique ou syndicaliste selon les besoins, c’est elle qui espionne les employés, se faisant passer pour une alliée.


Peut-on parler d’une pièce post soixante-huitarde?

Oui parce qu’elle a été écrite entre 68 et 70, que cela se passe dans une usine avec des rapports de force patrons-employés et une devise déjà bien répandue «produire plus pour gagner plus», sauf qu’ici on est dans une société différente de la nôtre avec un patron qui a encore un semblant de visage et de nom et une organisation patriarcale (les ouvriers produisent des objets que le patron leur revend). Allusions aussi nombreuses aux syndicats avec une abondance de discours qui commencent par «Camarades». Pièce qui évoque la question du pouvoir.

Cette question a toujours traversé le théâtre, du théâtre grec à nos jours (pouvoir politique, de l’argent, du sexe, parental...) et Novarina n’échappe pas à cette tradition. C’est peut-être même la seule grande question que le théâtre pose.

Et non, l'Atelier volant n'est pas une pièce soixante-huitarde, parce que c’est plus une pièce sur la lutte des langues que sur la lutte des classes. Le patron a le pouvoir de la bouche, il mène les employés par le bout de la langue, il se rend bien compte que seule la langue peut tenir cette troupe (c’est d’ailleurs Mme Bouche qui lui inspire ce stratagème). Tous les autres ont échoué: les congés payés avec le voyage au bord de la mer, la séance de jeux, les loteries, n’ont pas calmé les employés; Boucot a une bouche mais comme il a peur de perdre tout, de maigrir, de perdre des sous, il garde tout, il bouche tout, il n’a pas d’anus parce que c’est par là que tout s'évacue; les employés eux n‘ont pas de bouche mais un anus, ils consomment, ils évacuent du bas, ils assurent leurs arrières, leur parole vient d’ailleurs, ils n’ont pas de parole à eux, ils n’ont pas de prise sur la parole; c’est pourquoi après avoir vociféré, récriminé ou raconté des semblants de souvenirs ils ont le bec cloué par ceux qui savent parler une certaine langue (tour à tour poétique de Mme Bouche ou stéréotypée de Boucot, caricature de la langue émer­gente de l' époque qui envahit tout le langage économique, l’anglais).


Le théâtre de Valère Novarina, un jeu d'enfant...?

L'oeuvre de Valère Novarina est indissociable d'une longue réflexion sur le théâtre. On serait même tenté de dire que toutes les formes d'écriture déployées par l'auteur sont une réflexion unique sur le théâtre pris au sens très large de « lieu d'où sort la parole ». Sans un lien viscéral entre ce qui s'écrit et ce qui se joue, Valère Novarina n'écrirait peut-être pas. Si lui-même ne jouait pas en écrivant, sil ne mettait pas en scène la plupart de ses textes, il ne parlerait pas avec une telle acuité de l'acteur.

Il déracine les vieilles langues, les patois les dialectes, les langues étrangères, le français littéraire et argotique, fouille dans leurs replis secrets et jette sur le papier et sur les planches les couches multiformes d'une langue régénérée, parfois troublante parce que farouche et mystérieuse. Il déplace le jeu hors de la sphère chronologique en faisant basculer les repères temporels et nous incite à habiter le temps autrement, à ne pas nous laisser dominer par lui. C'est un chemin ouvert sur un temps oublié mais présent dans tout, dans les choses, dans la nature et dans l'homme. Il écrit en inversant les habitudes de pensée. Considérée comme une descente, la parole prend les choses à l'en­vers, nie au lieu d'affirmer, désapprend au lieu d'accumuler car sa vocation est autre que celle d'échanger des informations ou des sentiments. Elle se nettoie de toutes les scories entassées depuis des siècles comme le jeu de l'acteur se dépouille de tous les ornements qui l'ont perverti. La parole, selon Valère Novarina est descendue sur l'homme, elle vient d'en haut. Don de Dieu mais aussi signe de son abandon, elle lutte contre cette contradiction.

Dans les écrits de Valère Novarina, il y a la souffrance de la parole née d'un don et d'un abandon. Le jeu doit en témoigner comme il se doit de rire de la condition de l'homme et c'est là aussi toute la dimension comique de ce théâtre. Le comique conjure le drame de la parole, aide le lecteur, le specta­teur, l'acteur à sortir la tête haute du théâtre de la vie. Si l'être humain était immortel, il n'aurait pas besoin du comique. Il fait donc intimement partie de l'homme et de son état, il nie la défaite du corps, il n'est pas dupe de l'issue et le dit en riant et en niant.

Parler, jouer devient un jeu d'enfant lorsqu'on a pris conscience du poids comique et tragique de la parole.

La démarche de l'auteur de questionner le monde fait penser à celle des enfants dont les questions sont souvent plus savantes que les réponses d'adultes. Parce quil ne peut quitter l'enfance sans lui en être redevable ou lui en vouloir pour le reste de ses jours, l'auteur comme l'acteur la prolonge en écrivant, en jouant son souvenir. Valère Novarina raconte que l'acteur le fascine depuis l'âge de cinq ans, lorsqull vit pour la première fois sa mère paraître sur scène. Depuis cet instant le mystère de l'acteur le nourrit. Sans nul doute le théâtre de Valère perpétue le caractère éternel de l'enfance.



Françoise Sage - assistante à la mise en scène
Parallèlement à son métier d’enseignante en langues puis en option théâtre, Françoise Sage a suivi un cursus de comédienne auprès de metteurs en scène tels qu’André Steiger, Simone Audemars, Laurent Vercelletto... et joue en France et en Suisse depuis une quinzaine d’années. Elle a écrit un essai sur Valère Novarina et pratique le chant lyrique. Elle a joué en 2008 « Oncle Vania » à Château Rouge dans une mise en scène de Valentin Traversi et « Bajazet » de Racine au théâtre St-Gervais dans une mise en scène d’André Steiger. Elle a présenté un montage de textes contemporains en Avril 2009 avec d’anciens élèves de l’option théâtre dans le cadre de la FACIM (Fondation pour l’Action Culturelle Internationale en Montagne) et des huitièmes ren­contres autour de Valère Novarina. Elle sera l’assistante de Gilles Laubert dans « L’Atelier volant » de Valère Novarina au théâtre du Loup à Genève début 2010. 


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